Et toujours pas Gyulbudaghian

21 avril 21heures.
La lune revient et mes vacances commencent seulement aujourd’hui, je n’aurai donc pas beaucoup d’autres occasions de faire des observations du ciel profond. Malgré un voyage plein de péripéties et plutôt éprouvant, merci la SNCF, nous décidons de sortir dès après le repas du soir pour une des dernières occasions de la saison d’imager Jupiter qui passe au méridien en tout début de soirée. Pendant que Fred s’active, je fais un somme sur le lit de camp en attendant que Dame Lune daigne se coucher à ma place. Lorsque j’émerge, c’est la nuit noire, le Lion et la Chevelure de Bérénice sont au plafond, on va pouvoir s’offrir des galaxies à profusion.

Comme mise en bouche, NGC 3395/96. Je ne me souviens pas les avoir déjà observées. Il faudrait que je regarde d’anciennes notes… Elles me rappellent les siamoises mais elles sont plus dissymétriques ou alors les souris mais je ne devine pas l’amorce de la longue queue que j’avais déjà perçue au T1000 en février dernier. Ce couple paraît bien en interaction, leurs halos se touchent,  la plus allongée a un noyau plus brillant et presque ponctuel, l’autre plus ramassée, montre un bras qui s’enroule court mais plutôt bien dessiné. Le spectacle est au rendez-vous.

Autre paire de galaxies, juste pour comparaison,les siamoises NGC4567/68. Beaucoup plus symétriques que les précédentes, elles m’ont toujours évoqué les deux valves d’une moule ouverte. Noyau ponctuel dans un halo oblong, elles semblent se toucher par une extrémité. Contrairement aux précédentes, je n’y ai pas décelé de bras ou de zone HII qui indiquerait un flamboiement d’étoiles dû à une collision, pourtant, elles sont bel et bien liées gravitationnellement.

Fred me pointe la plume, NGC 4088. C’est vraiment une galaxie particulière, elle a comme trois bras parallèles, massifs et sinueux, comme trois fuseaux collés et une petite tache déviée à un bout. Ce soir, des zones plus denses sont bien visibles, et au gré des trous de turbulence, il apparaît même une tête d’épingle brillante sur l’une de ces zones denses, étoile en surimpression ou région HII?

Autre incontournable du ciel de printemps, la majestueuse  NGC 4565! Elle occupe tout le champ de l’oculaire. Comme posée en équilibre sur une étoile brillante, son bulbe renflé est coupé en deux lobes dissymétriques par une bande sombre. Le noyau brillant est du côté opposé à l’étoile de la bande de poussières. Cette bande est épaisse et structurée, comme avec des mèches s’en échappant. Est-ce la sieste juste avant l’observation, est-ce le ciel au top ou le télescope très bien réglé ou le manque ou un peu tous ces facteurs, les images sont encore plus belles et détaillées que dans mes souvenirs.

Passons à mes friandises préférées, quelques hicksons maintenant bien connus. Commençons par « the box », HCG 61. Ces 4 galaxies formant un rectangle visuel sont très différentes les unes des autres. NGC 4175, la plus grande des 3 brillantes est un beau fuseau quasi perpendiculaire à NGC 4174, plus courte mais brillante aussi. NGC 4169 montre un noyau brillant dans un halo diffus légèrement allongé et NGC 4173 la discrète offre finalement une personnalité intéressante au T1000. Sans noyau identifiable, elle garde une surface plutôt uniforme, comme un large trait qui prolonge le fuseau de NGC 4175. Mais à bien y regarder, elle ne semble pas parfaitement rectiligne. Pas si régulière et insignifiante, la discrète !!

Hickson très facile à pointer, HCG 44 dans le cou du lion. Dans l’oculaire, seulement 3 d’entre elles arrivent à tenir. Trois seulement, mais trois morphologies différentes. Une belle tache ovale au noyau lumineux et au dégradé de lumière uniforme pour NGC 3193, une mini M104 pour NGC 3190, avec une bande d’absorption facile à percevoir sur toute sa longueur et un S ténu pour NGC 3187. Pour mieux percevoir l’orientation de ses deux bras, nous decalons le champ pour sortir l’étoile brillante et là vient se joindre NGC 3185, mais qui ne présente pas à l’oculaire plus qu’une tache floue. C’est NGC 3187 qui est la plus timide, mais c’est largement compensé par sa forme tourmentée.

C’est une très belle nuit et j’ai des envies d’inédit. Si on pointait un quasar, pas tellement que la vision va être détaillée, mais pour le fun de voir un objet extrêmement lointain.
Allons y pour Markarian 205, qui n’est pas une chaine de galaxies dans la vierge… Pointage donc de la galaxie NGC 4319 qui présente un beau bulbe avec peut-être la présence d’un bras, mais je suis passée trop vite sur cette observation pour en être sûre. Dans le halo de la galaxie, une étoile, c’est Markarian 205. Le plaisir ne vient pas de l’observation mais de la connaissance de l’objet. NGC 4319 est estimée à 77 millions a.l. et le quasar serait d’après son redshift 15 fois plus loin soit 1,2 milliards a.l., ce qui est déjà considérable… Le plus étonnant, c’est que des deux objets pourraient être liés entre eux malgré leur éloignement. C’est du moins ce que pensait Alton Arp jusqu’à ce qu’hubble (le télescope spatial) vienne démentir cette affirmation, il ne s’agit que d’un rapprochement visuel fortuit. Histoire fascinante…
Du coup, on en pointe un autre, le quasar double de la grande ourse. Là aussi, nous passerons par une galaxie jalon NGC 3079. C’est déjà en soi une belle observation, un très joli fuseau mais qui parait bizarre, on dirait que son noyau est « empilé  » au dessus du disque galactique. De là, nous cherchons un astérisme symétrique qui m’évoque un petit cerf-volant… A l’une de ses extrémités, une étoile double faible mais bien séparée. C’est notre quasar. Celui-ci a aussi une histoire intéressante. En fait il n’y a pas deux quasars jumeaux, c’est seulement deux images d’un même quasar provoquées par une lentille gravitationnelle, une galaxie super massive en avant plan. Jusque là, c’est déjà intéressant, mais le meilleur vient maintenant…Le temps d’arrivée de la lumière provenant du quasar est différent selon qu’il prennent le chemin qui produit l’image A ou B. Pour le Quasar Jumeau, il y a 417 ± 3 jours de décalage entre les deux images une peccadille pour un objet dont la lumière met presque 8 milliards d’années à nous parvenir!

Revenons à des cibles qui font moins travailler l’imagination et plus l’observation. L’amas coma, non je ne parle de Melotte 111 qui est bien résolu même à l’oeil nu sous ce ciel, mais d’Abell 1656. Centré sur la brillante NGC 4884 alias 4889 (sous ces deux numéros, un seul et même objet), dans le champ de l’oculaire, il y a plus de galaxies que d’étoiles, la plupart elliptiques. Elles ne sont que taches floues plus ou moins larges ou très condensées elles ne s’identifient que parce qu’elles ne sont pas ponctuelles. Mais ça reste vertigineux de voir autant d’univers concentrés sur un champ si petit.

Comme le sqm continue de monter (21,6), je me laisse tenter par un Messier qui m’a toujours déçue en visuel par rapport aux photos, M63 qui présente un tel moutonnement en photo… Le diamètre du collecteur, la qualité du ciel me permettront ils enfin de percer les subtilités du tournesol? Quel que soit le grossissement et ma persévérance, les détails me restent inaccessibles. Quelqu’un les a-t-il déjà perçus en visuel?
Et pour ne pas rester sur un échec et terminer en beauté cette soirée, M51, la plus belle spirale de face. Échevelée, parée d’étoiles en surimpression, elle ouvre ses bras pour une dernière danse avec moi. Mes rêves seront cosmiques! Et toujours pas Gyulbudaghian ;-) 

Maïcé avec l’aimable autorisation de Frédéric.

Galerie

Dur dur la couleur !

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Surtout avec le T1000… La probabilité d’avoir 3 fois 20 secondes bonnes afin d’en tirer des couches pour les couleurs R/V/B utilisables n’est pas du tout simple, mais bon, c’est le jeu. Il est possible qu’une caméra couleur rejoigne la … Lire la suite

Une évolution importante de Stellarzac, la fabrication d’instruments

L’atelier est terminé depuis déjà quelque temps et de nouveau l’envie me vient de fabriquer des « altaz » et autres tubes optiques. J’ai régulièrement été sollicité par des personnes désirant acquérir un de mes instruments aussi j’ai sauté le pas, me voilà fabriquant. Les choses ont été vite et déjà trois commandes sont en route. Ces télescopes vont de 300 à 700 mm de diamètre.

Le but est de proposer des instruments optimisés tant au niveau de leur ergonomie que de leurs performances. L’expérience acquise dans ce domaine depuis bientôt 22 ans est précieuse lorsqu’il s’agit de concevoir dans ses moindres détails un télescope aussi pratique que possible dans son stockage, son transport, son montage et bien sûr, son utilisation. Le moindre détail a son importance et l’expérience de terrain est indispensable.

Des pages dédiées à cette « nouvelle » activité seront visibles dans un proche avenir sur le site de Stellarzac.

A suivre !!!